Chaque année, au moment où sortent les chiffres de la délinquance, je reçois le même type de message : « ma commune est dans le classement, est-ce qu’il faut déménager ? ». Et chaque année, je réponds la même chose : vous avez probablement mal lu le tableau.
Après quinze ans à travailler sur la prévention des cambriolages, j’ai vu ces palmarès être systématiquement détournés en « villes les plus dangereuses de France ». C’est un contresens. Un taux de cambriolages élevé ne dit presque rien de la violence d’une ville — il dit surtout qu’il y a beaucoup de maisons intéressantes à visiter, et personne dedans en journée. Ce guide vous donne le classement réel, calculé à partir des données officielles, mais surtout la méthode pour le lire correctement.
Sur les 484 communes françaises de plus de 20 000 habitants dont le chiffre 2025 est publié, le taux moyen national est de 3,28 cambriolages pour 1 000 logements. Les communes les plus touchées atteignent plus de 4 fois ce niveau. Surprise : le haut du classement est dominé non pas par des villes réputées « sensibles », mais par des communes résidentielles aisées (Saint-Cloud, Sainte-Foy-lès-Lyon, Tournefeuille, Orvault…). La raison est simple : le cambriolage suit la maison individuelle et l'absence en journée, pas l'insécurité au sens courant.
Méthodologie : ce que ce classement mesure (et ce qu’il ne mesure pas)
Avant le tableau, la méthode — parce que c’est elle qui détermine si un classement veut dire quelque chose.
La source. Les données proviennent du SSMSI (Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, ministère de l’Intérieur), qui publie chaque année les faits enregistrés par la police et la gendarmerie, commune par commune. Millésime utilisé ici : 2025, avec l’historique depuis 2016.
Le dénominateur : pour 1 000 logements, pas en valeur absolue. C’est le point décisif. Si on classe au nombre brut de cambriolages, on obtient simplement la liste des grandes villes — Paris arrive premier parce qu’il y a deux millions d’habitants, ce qui n’apprend rien. Le taux rapporté au nombre de logements permet de comparer une commune de 20 000 habitants à une métropole. C’est l’indicateur pertinent pour un cambriolage de logement.
Le seuil : 20 000 habitants minimum. En dessous, les effectifs sont trop faibles : une commune de 3 000 habitants qui passe de 4 à 9 cambriolages voit son taux « exploser » de 125 % sans que cela traduise une tendance réelle. Le seuil garantit des chiffres stables et comparables. Il reste 484 communes éligibles.
Les communes sous secret statistique sont exclues. Quand les effectifs sont trop petits, le SSMSI ne diffuse pas la valeur. Ces communes sont retirées du classement plutôt que comptées à zéro — ce qui fausserait tout.
Les arrondissements municipaux sont exclus. Paris, Lyon et Marseille apparaissent dans les données à la fois comme commune entière et découpés en 45 arrondissements. Faire concourir le 4ᵉ arrondissement de Marseille contre la commune d’Eysines reviendrait à comparer un quartier à une ville — et à compter ces trois villes deux fois. Le classement ne retient donc que des communes.
Le classement 2025 des communes les plus touchées
Communes de plus de 20 000 habitants, classées par taux de cambriolages de logement pour 1 000 logements (données SSMSI 2025).
| # | Commune | Taux /1 000 log. | vs moyenne nat. | Évolution 2016→2025 |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Kourou (973) | 15,85 | ×4,8 | −24 % |
| 2 | Eysines (33) | 14,22 | ×4,3 | +46 % |
| 3 | Les Pavillons-sous-Bois (93) | 13,81 | ×4,2 | −17 % |
| 4 | Meyzieu (69) | 13,02 | ×4,0 | −22 % |
| 5 | Mamoudzou (976) | 12,74 | ×3,9 | −52 % |
| 6 | Saint-Cloud (92) | 12,59 | ×3,8 | +13 % |
| 7 | Annemasse (74) | 12,31 | ×3,8 | +24 % |
| 8 | Livry-Gargan (93) | 12,24 | ×3,7 | −30 % |
| 9 | Noisy-le-Sec (93) | 12,10 | ×3,7 | +16 % |
| 10 | Matoury (973) | 11,99 | ×3,7 | −34 % |
| 11 | Tournefeuille (31) | 11,92 | ×3,6 | −61 % |
| 12 | Sainte-Foy-lès-Lyon (69) | 11,86 | ×3,6 | −18 % |
| 13 | La Celle-Saint-Cloud (78) | 11,83 | ×3,6 | +33 % |
| 14 | Saint-Genis-Laval (69) | 11,81 | ×3,6 | −16 % |
| 15 | Mont-Saint-Aignan (76) | 11,77 | ×3,6 | +33 % |
| 16 | Villiers-sur-Marne (94) | 11,66 | ×3,6 | −26 % |
| 17 | Orvault (44) | 11,64 | ×3,5 | −36 % |
| 18 | Fresnes (94) | 11,62 | ×3,5 | +48 % |
| 19 | Lambersart (59) | 11,58 | ×3,5 | +43 % |
| 20 | La Chapelle-sur-Erdre (44) | 11,01 | ×3,4 | +49 % |
Lecture : à Kourou, on enregistre en 2025 environ 15,85 cambriolages pour 1 000 logements, soit 4,8 fois la moyenne nationale (3,28). La colonne « évolution » compare 2025 à 2016 : plusieurs communes du haut de tableau sont en forte baisse sur dix ans.
Ce palmarès ne porte que sur un seul indicateur — les cambriolages de logement — et sur les communes de plus de 20 000 habitants. Pour explorer les 15 indicateurs de délinquance enregistrée, consulter le classement complet ou descendre au niveau de votre région, vous pouvez consulter l’Observatoire Sécurité, qui met les bases SSMSI à disposition commune par commune.
Si vous habitez en Loire-Atlantique ou en Ille-et-Vilaine, nous publions par ailleurs des fiches détaillées commune par commune avec l’historique sur dix ans et la comparaison aux communes de taille équivalente.
Comment lire ce classement (et pourquoi il surprend)
Voici ce qui saute aux yeux quand on regarde ce tableau avec un œil de praticien.
Le cambriolage vise le pavillon, pas « l’insécurité »
Regardez les noms : Saint-Cloud, La Celle-Saint-Cloud, Sainte-Foy-lès-Lyon, Tournefeuille, Orvault, Lambersart, Mont-Saint-Aignan. Ce sont des communes résidentielles, plutôt aisées, souvent citées pour leur qualité de vie. Elles n’ont rien de « zones sensibles » — et pourtant elles concentrent des taux de cambriolage 3 à 4 fois supérieurs à la moyenne.
La logique du cambrioleur explique tout. Il cherche une combinaison très précise :
- De la maison individuelle avec jardin — donc des accès discrets, à l’abri des regards, et pas d’interphone ni de voisinage d’immeuble.
- Un niveau de vie visible — le rendement attendu par visite est plus élevé.
- Une absence prévisible en journée — couples actifs, enfants scolarisés : la maison est vide de 8 h à 18 h.
- Une sortie rapide — proximité d’un axe routier ou d’une bretelle d’autoroute.
Une commune pavillonnaire aisée bien desservie coche les quatre cases. Un quartier dense d’immeubles, paradoxalement, en coche beaucoup moins : plus de passage, plus de témoins, moins de points d’entrée isolés.
Trois profils territoriaux distincts
Le haut du classement mélange en réalité des situations très différentes :
- Les communes ultramarines (Kourou, Mamoudzou, Matoury) relèvent d’un contexte socio-économique spécifique qu’on ne peut pas comparer mécaniquement à l’Hexagone. À noter : elles sont toutes les trois en forte baisse sur dix ans (jusqu’à −52 % à Mamoudzou).
- La petite couronne parisienne (Les Pavillons-sous-Bois, Livry-Gargan, Noisy-le-Sec, Villiers-sur-Marne, Fresnes) combine densité pavillonnaire et forte mobilité.
- Les communes frontalières, dont Annemasse (+24 %), à quelques minutes de la Suisse : la proximité d’une frontière facilite l’écoulement et la fuite.
Une tendance à dix ans plutôt rassurante
C’est le point que les palmarès oublient toujours de mentionner : 11 des 20 communes du classement sont en baisse depuis 2016, parfois spectaculairement (−61 % à Tournefeuille, −52 % à Mamoudzou, −36 % à Orvault). Un taux élevé aujourd’hui peut correspondre à une situation qui s’améliore nettement. Le niveau seul ne suffit jamais : il faut regarder la trajectoire.
Ce que ces chiffres changent concrètement pour vous
Un taux communal ne se transpose pas à un logement. Ce qui se transpose, en revanche, ce sont les facteurs qui font monter ce taux — et ceux-là, vous pouvez agir dessus.
1. Vous êtes en maison individuelle avec jardin. C’est le profil surreprésenté dans tout le haut du classement. Priorité aux points d’entrée discrets : porte de service, baie vitrée arrière, fenêtre de sous-sol, porte de garage. Notre guide des 8 points faibles d’une maison vus par un cambrioleur détaille exactement ce qui est repéré, et en combien de temps.
2. Votre logement est vide selon un horaire prévisible. C’est le facteur le plus sous-estimé. La régularité est une information exploitable : mêmes horaires, volets fermés en journée, aucune variation. Casser cette lisibilité (simulation de présence, éclairage sur détecteur, variation des routines) coûte peu et retire au cambrioleur sa principale garantie.
3. Vous vivez près d’un axe routier majeur. Vous ne changerez pas la géographie, mais vous pouvez compenser sur la durée d’effraction : un cambrioleur pressé renonce au-delà de 3 à 5 minutes. Cornière anti-pince, cylindre haute sécurité, vitrage retardateur d’effraction — chaque minute gagnée compte double dans ce contexte.
Pour la démarche complète, dans l’ordre de priorité, le point de départ reste notre guide pilier : comment sécuriser sa maison contre les cambriolages.
Quiz : votre logement correspond-il au profil à risque ?
🏠 Votre profil correspond-il à celui des communes du classement ?
4 questions pour situer votre exposition réelle — indépendamment de votre ville.
1. Votre logement est…
2. En semaine, votre logement est vide…
3. L'arrière de votre logement est…
4. Vous êtes à moins de 5 minutes d'un accès rapide (rocade, autoroute) ?
Conclusion
Ce classement 2025 dit trois choses utiles. D’abord, que l’écart est réel : les communes les plus touchées dépassent quatre fois la moyenne nationale de 3,28 cambriolages pour 1 000 logements. Ensuite, que le profil dominant n’est pas celui qu’on croit — la maison individuelle en commune résidentielle aisée, pas le quartier réputé sensible. Enfin, que la tendance à dix ans est souvent orientée à la baisse, y compris en haut du tableau.
Mais le plus important reste ce que ces chiffres ne disent pas : ils décrivent un territoire, pas votre logement. Deux maisons de la même rue n’ont pas le même risque, et l’écart entre elles tient à des choses très concrètes — un cylindre, une baie vitrée, un volet, une habitude.
Pour aller plus loin : notre dossier prévention cambriolage et le guide comment sécuriser sa maison.
FAQ : comprendre le classement des villes les plus cambriolées
Quelle est la ville la plus cambriolée de France en 2025 ?
Parmi les communes de plus de 20 000 habitants dont la donnée 2025 est publiée par le SSMSI, Kourou (Guyane) affiche le taux le plus élevé, avec environ 15,85 cambriolages de logement pour 1 000 logements, soit 4,8 fois la moyenne nationale. En France hexagonale, c’est Eysines (Gironde) qui arrive en tête avec 14,22. Ces chiffres portent sur les faits enregistrés par la police et la gendarmerie.
Un taux de cambriolage élevé signifie-t-il que la ville est dangereuse ?
Non, et c’est le contresens le plus fréquent. Le cambriolage est une atteinte aux biens commise le plus souvent en l’absence des occupants : il ne mesure pas la violence contre les personnes. Le classement est d’ailleurs dominé par des communes résidentielles aisées, réputées agréables à vivre, parce qu’elles offrent beaucoup de maisons individuelles avec jardin et des absences prévisibles en journée.
D'où viennent ces données et sont-elles fiables ?
Elles proviennent du SSMSI, le service statistique du ministère de l’Intérieur, qui publie chaque année les faits enregistrés par la police et la gendarmerie à l’échelle communale. Ce sont les données officielles de référence. Leur limite connue est qu’elles comptent les faits déclarés puis enregistrés : le taux de dépôt de plainte varie d’un territoire à l’autre, ce qui peut créer des écarts indépendants de la délinquance réelle.
Pourquoi classer pour 1 000 logements plutôt qu'en nombre total ?
Parce qu’un classement en valeur absolue ne fait que reproduire le classement des villes par population : les métropoles arriveraient mécaniquement en tête sans que cela renseigne sur le risque. Rapporter les cambriolages au nombre de logements permet de comparer une commune de 20 000 habitants à une grande ville, et correspond à la nature du phénomène mesuré, qui vise des logements.
Pourquoi Paris, Lyon et Marseille n'apparaissent-ils pas dans le classement ?
Ces trois villes figurent dans les données à la fois comme commune entière et découpées en 45 arrondissements municipaux. Faire concourir un arrondissement contre une commune reviendrait à comparer un quartier à une ville et à compter ces villes deux fois. Nous avons donc exclu les arrondissements municipaux : à l’échelle de la commune entière, ces trois villes se situent en dessous des taux du top 20.
Comment connaître le taux de cambriolage de ma propre commune ?
Pour les communes d’Ille-et-Vilaine et de Loire-Atlantique, nous publions des fiches détaillées avec l’historique sur dix ans et la comparaison aux communes de taille équivalente. Pour les autres départements, les bases SSMSI sont consultables commune par commune sur les plateformes qui les mettent en forme, dont l’Observatoire Sécurité, ainsi que directement sur data.gouv.fr.
Sources et références
- SSMSI / Interstats — Cambriolages de logements (ministère de l’Intérieur) — statistiques officielles des cambriolages.
- Bases statistiques communales de la délinquance enregistrée (data.gouv.fr, SSMSI) — jeu de données source du classement, millésime 2025.
- Observatoire Sécurité — statistiques de délinquance commune par commune, 15 indicateurs et exploration régionale.
- API Découpage administratif (Etalab) — référentiel officiel des communes utilisé pour l’identification des codes INSEE.